Il fait beau, le vent souffle doucement sur le port du Verdon-sur-Mer et Eric, notre skipper pour la journée, prépare son vaisseau. Inscrit maritime depuis dix ans, cet ancien marin pêcheur nous accueille tout sourire à bord du « Capesterre », un voilier de croisière de 11 mètres. Et il ne sait pas encore à quoi s’attendre… Avec moi aujourd’hui huit passagères, en grande forme, s’apprêtant à partir à l’assaut du roi de l’estuaire. Et elles comptent bien passer une journée #oceanesque ! 

Après un petit tour sur le bateau, et l’énumération des règles de sécurité, nous sommes toutes installées dans l’attente. C’est parti, Eric lance le moteur pour la sortie du port ! Une fois dans l’estuaire il est là, le phare de Cordouan ! Il nous attend, fier et élancé à l’horizon, pour une balade hors du temps. Celui qui guide les navires dans les passes de la Gironde, depuis plus de quatre cent ans, trône fièrement dans l’océan et il a de quoi faire le beau ! Cette merveille d’architecture, haute de 37 mètres, et classée monument historique en 1862, témoigne en effet de quatre siècles de navigation dans l’estuaire. Grâce à lui, la triste renommée que l’estuaire possédait depuis l’antiquité, n’est qu’un mauvais souvenir. En effet, il fut un temps où la dangerosité des courants donnait au plus grand estuaire d’Europe la réputation de cimetière marin. 

Mais après des siècles de signaux au feu de bois, par des ermites installés sur l’île, Henri IV décida, en 1594, d’ériger un phare à la hauteur de son règne et célébrant la monarchie catholique. Ce temple du luxe et de l’ornement est d’ailleurs le seul phare à posséder une chapelle. Achevé en 1611, le Phare des Rois, n’en a malheureusement que le nom, puisqu’aucun d’entre eux n’y a séjourné. Mais pas besoin de roi pour la gloire puisqu’en janvier 2017 le phare a été reconnu « chef d’oeuvre du génie créateur humain », un critère de choix pour prétendre figurer sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce qui semble être en bonne voie pour cette merveille. 

Après ce brin d’Histoire, il est une question géographique qu’il faut désormais aborder… Le “Versailles de la mer” est, certes, situé à égales distances des côtes charentaises et girondines, mais toutefois implanté sur le cadastre de la ville du Verdon. Le phare est donc bien médocain ! 

Tout ceci, Eric nous le raconte en enchaînant les manoeuvres et en rythmant son récit avec humour. Des explications techniques aux cascades nautiques, l’équipage boit ses paroles. Et nous voilà déjà presque arrivées au banc de sable qui prolonge l’île du phare. L’ancre est jetée, c’est décidé nous pique-niquons à bord sur un fond de reggae et bercées par le clapotis de l’eau… Une sortie en mer aux airs de caraïbes ! Notre déjeuner terminé, nous voilà parties, trois par trois, dans l’annexe qui permet d’approcher le banc de sable.

Les conditions de débarquement varient en fonction de la météo, du vent et des coefficients de marées donc attendez vous à marcher dans l’eau, à mi-cuisse. Look « pêche aux moules » et fous rires garantis ! 

Une fois sur le sable, il faut compter dix à quinze minutes de marche pour gagner les rochers et entrer dans le phare. C’est un peu le réconfort avant l’effort. Les coquillages crépitent sur la roche qui sèche au soleil, le soleil brille, on est au beau milieu de l’océan, au calme… Puis, les rochers et les premières marches invitent notre regard vers le point culminant de notre ascension, la lanterne.

Assis à l’entrée, un des gardiens du phare attend les visiteurs du jour. Dreadlocks et peau tannée par les embruns, ça à l’air cool de vivre dans un phare ! Car en effet Cordouan est le dernier phare français encore habité ! Différents profils se croisent pour assurer la maintenance du site. Chercheurs, guides, architectes, ingénieurs, électriciens en quête d’aventure… Toutes les compétences sont à prendre à bord de ce vaisseau d’estuaire. Et des missions quotidiennes il y en a un paquet ! Surveillance, petits travaux, gestion environnementale du sites, relevés scientifiques tant d’activités auxquelles s’ajoutent l’accueil des visiteurs pendant toute la saison estivale. Mais si vous hésitiez à faire une candidature, rassurez-vous, il reste beaucoup de temps pour la contemplation et la pêche à pieds. 

 

Après cet échange l’heure est venue de gravir les 311 marches. Entrecoupée de plusieurs paliers, l’ascension est agréable. D’autant qu’on se croise très facilement dans l’escalier qui longe la paroi du phare. Puis, c’est l’arrivée, grandiose, à la lanterne. Happé par une bourrasque on se retrouve entre ciel et mer sur une coursive extérieure pas très large… Phobique du vide, je peine un peu à faire le tour mais l’horizon attrape vite mon regard. Des côtes charentaises, l’oeil glisse vers l’estuaire pour finir sa course sur la plus grande plage de France, la côte médocaine. Au dessus de nos têtes, au dernier étage, se trouve la salle de la lanterne réservée au gardien du phare. L’ampoule trône fièrement dans sa bulle de verre tricolore. Les trois secteurs rouge, vert et transparent, indiquent la direction à suivre dans les passes. D’ailleurs, il faut savoir que la plupart des inventions utiles à la signalisation maritime ont été testées à Cordouan.

Nous redescendons faire une photo souvenir de la fine équipe et la marée nous appelle… Il est déjà l’heure de repartir. Direction l’annexe, le vent souffle, nous allons pouvoir déployer les voiles pour rentrer au port telles des navigatrices de renom. Eric nous passe la barre et reprend la main pour un spectacle de voltige aquatique. Le retour est mouvementé ! 

Notre skeaper de choc nous parle de ses voyages et des excursions qu’il propose. Il embarque fréquemment des amoureux de la mer dans ses cabines pour des séjours sur les côtes françaises et européennes. D’ailleurs, depuis peu, il s’est associé à une autre amoureuse de la région. Spécialisées dans les visites guidées sur terre Caroline Pivoteau propose des balades insolites au coeur de ce qu’elle aime désigner comme une presqu’île, le médoc. Un voyage entre terre et mer qui devrait séduire les amoureux du coin, tout comme les novices. 

Nous voici de retour au port, le pied est moins sûr qu’au départ et les vagues font encore bouger le corps sur la terre ferme. Cette bouffée d’air marin et l’escapade au grès des éléments furent un régal. Une expérience 100% #oceanesque à tenter en famille, entre amis, au coucher du soleil ou à l’aube, bref, à tout moment pour des souvenirs plein la tête !