J’avais rendez-vous à 11H ce mardi matin lorsque, cherchant l’adresse méticuleusement indiquée par mon futur interlocuteur, je le vis s’évader à vélo… Ayant pu lire que l’interviewé du jour était un sacré personnage je décide de l’attendre au soleil sous le porche de La Villa “Saint Hubert”. J’ai bien fait ! A peine 10 minutes venaient de passer quand Francis Maugard fit son apparition, un panier rempli de victuailles suspendu au guidon de sa bicyclette bleue.

 

 

 

Francis qui ? Maugard ! Ce nom ne vous évoque rien ? Si je vous dis vagues, océan, surf, baignades hivernales et longue chevelure blanche ? Ca y est vous l’avez, vous canaulais !  Mais comme moi il est possible que beaucoup d’entre-vous ne connaissiez pas ce personnage atypique et pourtant si important dans le développement d’une pratique aujourd’hui répandue sur toute la côte médocaine : Le surf !  

 

Né en Gironde en 1931, l’ancien médecin Bordelais fut en effet le premier à marcher sur les vagues canaulaises. C’est lors de ses nombreux week-ends et vacances à Biarritz que cet amoureux de l’océan découvrit, au début des années soixante, ce sport encore exotique et venu des contrées Polynésiennes. Dans les vagues de la Plage des Basques il côtoie et se lie d’amitié avec les « tontons surfeurs » André Plumcoq, Robert Bergeruc, Pierre Laharrague, Joseph et Jo Moraïz, Bruno Reinhardt, Rott et Barland. Ce dernier lui confectionnera alors sa première long board qu’il s’empressera de ramener, dans la station balnéaire médocaine, à la fin de l’été 62. La drôle de planche ne tardera alors pas à faire fureur et les curieux s’empresseront de commander à leur tour leur propre monture.

Il me reçoit donc chez lui, dans son atelier, car il est aussi peintre et poète. La pièce regorge d’objets et les murs, recouverts d’un tissu rouge au style médiéval, exposent des tableaux du sol au plafond. Des oeuvres attendent sagement d’être terminées, d’autres, celles peintes par ses amis, trônent fièrement au dessus de son établi et lui donnent l’impression que ceux-ci sont à ses cotés. Le cristal d’un lustre imposant reflète les premiers rayons de mai qui renvoient mon oeil curieux vers le truchement d’objets présents dans cette pièce. Nous nous installons et je prends le temps de photographier ce panthéon du surf médocain. Sans fierté aucune, il pose à merveille le regard rivé vers le ciel bleu. Son visage rêveur est illuminé par sa longue chevelure argentée. Il attend que je le questionne et se tient prêt à transmettre sa passion, ou plutôt son ivresse, de l’océan, de la glisse, du large et de la liberté.

 

Le surf il le voit comme une fraternité, un moment de célébration du grand océan qui appartient à tous. Il en parle comme un monde de splendeur. Plus qu’un simple hobby il envisage le surf comme une véritable civilisation, née de rencontres et de retrouvailles. Ce monde du voyage et de la découverte est finalement un art à ses yeux et les surfeurs en sont les artistes. 

 

Mais désormais il se fait spectateur, non sans enthousiasme et attachement, puisqu’il ne surfe plus. Malgré tout, il retrouve toujours l’ivresse du bain puisqu’il se baigne quand les conditions sont agréables. Et il lui en faut peu ! Vous le trouverez effectivement à l’eau le plus souvent possible et dans le plus simple appareil même l’hiver ! 

 

 

Sa journée type ? Des balades à bicyclette dès que le soleil pointe son nez, lire, peindre et se baigner le plus souvent possible. Une retraite paisible pour ce fou de glisse qui se laisse désormais porter par le courant de son imagination dans ses toiles et ses poèmes. Il peint l’océan et la forêt, vous vous en serez douté, dans un style impressionniste qui lui est propre. La forêt il l’a d’ailleurs côtoyée pendant 10 ans puisqu’il y a vécu dans le dépouillement le plus complet avec quelques amis. Courageux vous dites ? Non juste amoureux de la vie et de l’aventure.

Francis Maugard est un personnage surprenant, énigmatique et plein de sagesse. Lui demander de définir le médoc et l’océan est inutile car, comme il le dit si bien : «on est toujours un peu dépourvu pour en parler tant c’est beau ». Ces paysages il préfère les comparer à des Opéras. Immuables, sereins et silencieux puis vif et fracassants ! Et selon lui le tourisme n’a pas de limite tout comme ses deux amours, la forêt et l’océan, qui lui semblent pouvoir accueillir toutes les foules de la terre.

 

« La beauté est inépuisable sur la côte atlantique »

Je le quitte en évoquant mon prochain rendez-vous chez un « shapeur » du territoire et je vois ses yeux pétiller… c’est sur Francis ne communie plus avec les barres sur sa planche mais celles-ci sont pour toujours dans sa tête et dans ses rêves.